Ok, vous en avez certainement ras le bol des classements et n’êtes jamais d’accord avec. En cette fin d’année, vous allez en voir partout, dans les magazines, sur la blogosphère musicale et j’en passe. Cela est malgré tout un bon moyen de faire un bilan de nos découvertes et coups de cœur de l’année écoulée. J’ai donc choisi l’option d’en établir un, mon premier pour dire vrai, qui n’engage bien sûr que ma petite personne. Nous sommes actuellement à la mi-décembre, c’est bientôt Noël. Ce qui suscite, même passé le cap de l’enfance, une douce et agréable euphorie. Les décorations pointent le bout de leur nez les unes après les autres, les guirlandes lumineuses du sapin clignotent déjà et évidemment au Havre, il ne neige pas. Période tout à fait propice pour se rappeler au coin du feu (J’aime m’adonner à une succession de clichés à la période des fêtes…) tous ces excellents titres qui, au cours de ces 12 derniers mois, ont été capables d’égayer de sombres journées, de redonner confiance les matins de partiels ou de rendre plus douces des nuits d’insomnie. En tout cas, c’est un fait, l’entreprise a été rude. Plus je réfléchissais, plus de nouvelles possibilités pour ce « top 30 » me venaient à l’esprit. Mais, évitant la noyade de justesse, j’ai décidé de noter en toute spontanéité celles qui m’ont paru les plus marquantes de mon année 2010. Je préviens d’avance, vous ne verrez pas même l’ombre de MGMT, de The Drums et de leurs titres (un peu?) lourdingues à mon goût.
Top 30 (accompagné de très brèves descriptions) :
30. Wolf Parade, Expo 86 (Label : Sub Pop)
Avant toute chose, je tiens à préciser que je suis complètement fan de Sunset Rubdown et de Swan Lake (les autres groupes de Spencer Krug) et d’Handsome Furs (celui de Dan Boeckner). Alors quand les deux inépuisables se retrouvent pour le 3ème album de ce projet commun du nom de Wolf Parade, beaucoup de facteurs sont déjà réunis pour que je sois emballée. Expo 86 a gardé l’énergie des précédents, les riffs ravageurs d’un Dan inspiré et le chant un peu barré d’un Spencer à l’esprit complexe. Mais bon voilà, il ne m’a pas entièrement convaincue. C’est un peu comme la saison 5 de Dexter. On adore mais, à notre plus grand désespoir, on commence à ressentir une pointe de lassitude… (comparaison des plus douteuses, je vous le concède!) Ne pas oublier malgré tout les très bons What Did My Lover Say, In The Direction Of The Moon et aussi Two Men In New Tuxedos.
29. Woods, At Echo Lake (Label : Woodsist)
Que dire sur At Echo Lake, le nouvel opus folk et psyché des gars de Woods? C’est minimaliste, c’est rafraîssant, c’est franchement agréable. Ces ballades sur lesquelles les guitares sont triturées et les voix malmenées, nous évoquent des contrées excentrées, des champs aux herbes hautes cachés au pays des cow-boys. C’est pourtant d’une ville où ce sont les immeubles qui sont hauts, New York, qu’ils ont pondu ce cinquième album. De celui-ci, je réécouterai avec plaisir Blood Dries Darker aux voix haut perchées (oui, que de hauteur dans ce descriptif…), Surfering Season aux allures hippie-folk, le langoureux Time Fading Lines ou encore Mornin’ Time.
28. Liars, Sisterwold (Label : Mute)
Les musiciens de Liars en ont encore sous la semelle et le prouvent avec ces nouvelles compositions. Leur rock sombre aux mélodies tortueuses et enragées vous emmènent sur 11 titres vers des dédales inquiétants. Après une entrée en matière époustouflante (le progressif Scissor), ils continuent sur une très bonne lancée avec notamment Here Comes All The People qui sonne comme une incantation maléfique ou encore Scarecrows On A Killer Slant qui est carrément flippant. Album réussi, selon moi, pour les Liars qui expérimentent là un rock schizophrène à la beauté froide.
27. Teenage Fanclub, Shadows (Label : Merge/PeMa)
Ces écossais actifs depuis 1989 n’ont toujours pas pris leur retraite, pour notre plus grand plaisir. Représentant de la scène pop/rock indé des terres britanniques et ayant influencé de nombreuses formations pop, le groupe a connu son âge d’or en 1991, date à laquelle Bandwagonesque est élu album de l’année par le magazine Spin. Shadows, quant à lui, nous démontre que, bien que les années aient passé, la bande de Norman Blake porte toujours aussi bien son nom. Les mélodies sont épurées et attachantes, les guitares sont propres. On ressent une nouvelle fois cette douce caresse emprunte de mélancolie à l’écoute d’un Sometimes I Don’t Need To Believe In Anything. Et on apprécie se dandiner gentiment sur The Fall ou encore Today Never Ends. Album réjouissant, sans conteste.
26. No Age, Everything In Between (Label : Sub Pop)
Ce duo composé de Randy Randall et de Dean Allen Spunt a sorti, à la rentrée, un troisième album au look clairement punk/rock. A mesure que le CD défile, on se rend rapidement compte de la présence de tubes en puissance. Je pense notamment à Depletion et à Skinned. Ces deux là font du bruit et le font très bien. Leur musique est direct, le chant déboublé prend davantage d’ampleur, les guitares crissent et semblent apprécier ça…
25. Villagers, Becoming A Jackal (Label : Domino)
Cette pop/folk née en Irlande est menée par Conor J. O’Brien à la voix tranquille et à la diction limpide, rappelant parfois celles d’un certain Conor Oberst de Bright Eyes. Violons, instruments à vent, piano apparaissent de manière éparse sur quelques titres pour venir enrichir la mélodie sans l’alourdir. De ce songwriting très personnel, on retiendra tout particulièrement les très bonnes Becoming A Jackal, Home, The Meaning Of The Ritual.
24. Twin Shadow, Forget (Labels : 4AD/XL Recordings/Naive)
A la seconde où l’on se penche sur ce Forget du new yorkais d’adoption Georges Lewis Jr., on se dit “Celui là, il a dû être bercé au son de The Smiths et de The Cure”. Ouai, on sent quelques influences des années 80… Mais attention, cet album reste celui de George, qui modernise une new wave où les synthétiseurs, les effets de voix et les lignes de basse monotones sont hégémoniques. Ce chanteur au look tellement old school nous ravie avec des titres comme Slow ou bien When We’re Dancing, des revisites simples, maîtrisées et catchy d’une époque révolue mais tellement regrettée (au vue du nombre de groupes de ces dernières années qui expriment une nostalgie pour celle-ci). Il lui arrive également de rassembler quelques ingrédients disco du côté de Shooting Foles ou encore de At My Feels.
23. Lcd Soundsystem, This Is Happening (Label : DFA Records)
James Murphy et sa bande sont enfin de retour avec cette nouvelle production, qui serait, aux dires des concernés, la dernière. Quelle énergie, quelle tension ! Les revoilà donc avec des titres toujours électro, toujours rock, toujours dansants. Dance Yrself Clean surprend avec ses beats répétitifs et lents, qui s’énervent sur la fin. Les synthés de Can Change rendent fou (tout spécialement en live). All I Want fait penser à Bowie, qui chante Heroes. Un peu déçue aux premières écoutes, j’imaginais que trouver un digne successeur à Sound Of Silver avait dû être fortement laborieux. Mais, plus je me concentre sur le cas This Is Happening, plus j’y prends un réel plaisir.
22. Tame Impala, Innerspeaker (Label : Modular Recordings)
Arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire actuellement, faites un break et prélassez vous en écoutant ce tout premier LP aérien du trio australien composé de Kevin Parker, Dominic Simper et Jay Watson. Tout aussi psychédélique que la pochette, leur musique semble tout droit sortie des seventies. La batterie est claire, les guitares rock agrémentées de fuzz sont lumineuses et la voix prend parfois des intonations à la Lennon. Le rendu n’a rien de très novateur mais m’a malgré tout enthousiasmée. Au passage, j’ajoute qu’ils ont été désignés comme l’album australien de l’année par the J Award. Une bonne raison pour se réécouter It Is Not Meant To Me, Expectation, The Bold Arrow Of Time entre autres.
21.Shannon Wright, Secret Blood (Label: Vicious Circle)
Encore une très bonne découverte, Shannon Wright. Je ne connaissais absolument pas cette américaine originaire de Jacksonville malgré un curriculum vitae plutôt bien alimenté. Ce disque contient une grande force rock’n roll. Les guitares énervées comme écorchées vives laissent parfois place à des balades apaisées mais tout aussi sombres et inquiétantes. Quand on écoute la voix de Shannon Wright et chacune de ses inflexions, on pense parfois à PJ Harvey et à ses élans d’une puissance admirable. Secret Blood nous plonge dans un univers aux émotions fluctuantes et communicatives, qui passionne de bout en bout.
20. Best Coast, Crazy For You (Label : Mexican Summer)
Voici un album qui va ensoleiller ce classement. Les membres du groupe Best Coast nous viennent d’un littoral qu’ils semblent apprécier et même revendiquer au vue de leur nom ; la côte californienne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’opus qu’ils nous livrent là, est en harmonie avec ce cadre chaleureux de plages dorées et de végétations luxuriantes. Leur musique sent le soleil à plein nez. L’effet de cette surf pop fraîche et légère est immédiat. Elle redonne le sourire. Bethany Cosentino et sa voix séduisante vous embarquent donc pour un très agréable voyage mais pas mémorable non plus.
19. The Morning Benders, Big Echo (Label : Rough Trade Records)
Vous avez déjà regardé des vidéos du groupe ? Quatre gueules d’ange à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession. Et lorsque l’on appuie sur play, le morceau Excuses, une valse pop langoureuse et envoûtante, confirme cette impression d’être en bonne compagnie. Ces californiens, qui naviguent entre Brooklyn et San Francisco, nous présentent leur second album après Talking Through Tin Cans datant de 2008. Cette musique d’une naïveté et d’un éclat qui attendrissent, vous entraîne à mille lieux de la terre ferme. Promises, Wet Cement ou Hand Me Downs procurent un bien être fou. A une base folk/rock sont ajoutés, par Chris Chu et ses comparses, des chœurs et une instrumentation orchestrale. Une ambiance romantique à souhait garantit, regardant de temps à autre vers le style west coast des années 60.
18. Lali Puna, Our Inventions (Label : Morr Music)
Pas le meilleur, Our Inventions des munichois de Morr Music fait tout de même son effet en nous plongeant une nouvelle fois dans cette électronica pop dont ils ont le secret. Cette formation dans laquelle Markus Ascher (également membre de The Notwist) a posé ses valises, enchaîne les titres mélancoliques amplifiés par de nombreux samples superposés et mis en boucle. Valerie Trebeljahr a toujours cette voix apaisante et sophistiquée, qui arrive plus ou mois à s’imposer. Un groupe à découvrir en live, indiscutablement.
17. The Radio Dept., Clinging To A Scheme (Label : Labrador)
Les suédois de The Radio Dept. en sont à leur troisième album. Les sonorités shoegaze de Lesser Matters semblent désormais plus en retrait. L’avantage est clairement donné à leur côté dream pop. La voix reste aérienne et cristalline, les morceaux très mélodiques. Une musique qui s’assagit mais des textes qui restent emprunt d’une gravité juvénile. On peut ressentir une certaine sérénité lorsque Heaven’s On Fire, You stopped Making Sense ou Never Follow Suit nous arrosent de ces beats plein d’entrain et de ce son clair et relaxant.
16. Avey Tare, Down There (Label : Paw Tracks)
Contrairement aux hipster en furie face à l’annonce d’une sortie imminente d’un album solo d’Avey Tare, je me suis contenue et ai attendu que l’album soit disponible dans sa totalité. Première impression de cette écoute : je suis satisfaite. Je préfère largement Avey Tare travaillant pour Animal Collective mais cet album, qui met bout à bout des sonorités venues de toute part, crée une ambiance captivante. Rien de surprenant à découvrir un tel expérimental obscure et un tel psychédélisme atmosphérique accomplis avec merveille venant d’un des piliers d’un groupe référence en la matière (Laughing Hieroglyphic, Oliver Twist, Lucky 1).
15. Foals, Total Life Forever (Label : Transgressive Records)
Suite à leur prestation au Rock en Seine, je me suis davantage intéressée au sujet Foals, à côté duquel j’étais passée jusqu’alors. Bilan : Je ne suis pas mécontente de m’être attardée sur ces compositions limpides et complexes à la fois. Leur musique moins math rock que sur Antidotes, se partage entre une pop énergique et dansante et des parties où la voix de Yannis Philippakis se calme et où l’instrumentation s’apaise. Au milieu d’une mélancolie qui reste omniprésente du début à la fin, Blue Blood, Spanish Sahara et After Glow se distinguent.
14. Beach House, Teen Dream (Label : Sub Pop Records)
A la sortie de ce nouvel LP, leur manque d’audace leur a été reproché. En effet, la formule sur Teen Dream ne change pas de celle présentée sur Beach House et sur Devotion. Cette continuité ne me gêne pas. Bien au contraire. Ils se perfectionnent dans ce qu’ils font de mieux et ça me plaît. Victoria Legrand et Alex Scally nous offrent une nouvelle fois une douceur pop à l’état brut. Cette dream pop aux mélodies simples et oniriques est jouissive. Et n’oublions pas cette voix éthérée et angélique qui prend une véritable ampleur au travers de ces nouveaux titres.
13. The Black Keys, Brothers (Labels : Nonesuch, Universal)
Quand on parle du blues/rock /garage de ces dernières années, beaucoup de personnes s’accordent là-dessus : The White Stripes sont les maîtres en la matière. Mais avec un Jack White qui multiplie ses participations à divers projets, Les Black Keys ont eu le temps de venir disputer le monopole. Le duo composé de Dan Auerbach et de Patrick Carney en est à son 6ème album et nous sert ici un rock abrasif teinté de soul. Les gars ont toujours autant la classe et nous en mettent plein la vue avec des riffs plus efficaces les uns que les autres et un chant aux intonations blues qui vous prend aux tripes.
12. Jeremy Jay, Splash (Label : K Records)
J’avais préféré Slow Dance mais le charme de ce jeune blond aux airs de dandy a eu fortement prise sur moi, je l’avoue. De cette nouvelle sortie, je me suis donc ravie et contentée. Avec l’album Splash, ce sont de nouvelles mélodies glamour et addictives, qui sont servies sur un plateau d’argent. Jeremy Jay a opté pour une formule moins rétro qu’auparavant. Plus de guitares et moins de synthés. Mais ce Dorian Gray des temps modernes envoûte toujours autant avec Just Dial My Number, A Silver Of Chance ou encore Someday Somewhere.
11. Caribou, Swim (Labels : City Slang / Merge)
C’est l’histoire de Daniel Victor Snaith, un doctorant en mathématiques qui a décidé de se consacrer à la musique. Je lui en suis parfaitement reconnaissante. Déjà détenteur du prix Polaris en 2007 avec Andorra, il revient désormais avec Swim. Ses ballades lancinantes oscillant entre électro et pop sont ingénieuses et hypnotiques. Odessa, Sun ou bien Leave House sont une immersion totale dans une rythmique planante, sombre, parfois dansante, qui n’ennuie pas une seconde.
10. Sufjan Stevens, No Age Of Adz (Label : Asthmatic Records)
Largement chroniqué et commenté, ce nouvel album du natif de Detroit n’a pas fait l’unanimité. Du pur génie pour certains, du bavardage pompeux pour d’autres. Personnellement, je n’opte pour aucun de ces deux extrêmes. Ce nouveau chemin emprunté par Sufjan m’a juste séduite, tout simplement. J’aime sa capacité à magnifier et sublimer les sons par des arrangements hors pairs, sans pour autant aller jusqu’à l’appellation de génie que l’on a parfois tendance à servir à tout bout de champ. Sufjan expérimente, se tourne vers l’électronique et n’oublie pas les instruments à vent qui s’envolent toujours avec une grande sensibilité. Chaque bruit, chaque voix, chaque inflexion vous transportent vers un pays imaginaire vallonné et brumeux. La mission était délicate : réussir à ne pas s’écraser en plein vol après le très apprécié Illinois. J’aurais tendance à affirmer qu’elle est accomplie.
09. Ty Segall, Melted (Label : Goner Records)
Important représentant de la scène lo-fi de San Francisco, Ty Segall nous balance ici un nouveau petit bijou intitulé Melted. De cette écoute courte et intense, vous ne sortirez pas indemne. C’est une véritable succession de titres explosifs d’une efficacité incontestable. Le son garage, crado et limite déjanté des Sad Fuzz, Caesar et autres Imaginary Person le place définitivement sur le devant de cette scène indé.
08. Arcade Fire, The Suburbs (Label : Merge / Mercury)
Celui-là, il était plus qu’attendu, cela ne fait aucun doute. Trois longues années se sont écoulées entre le bouleversant Neon Bible et The Suburbs. Peut-être trop pour certains, qui, dans l’attente de celui-ci, l’avaient fantasmé à tort et à travers et l’avaient déjà, avant de le connaître, mis sur un piédestal. Triste déception pour eux. Je ne serais pour ma part pas aussi catégorique, loin de là. Plus lisse que les deux précédents, collant davantage au format FM, on est d’accord là-dessus. On perd des envolées interminables, des expérimentations sonores au passage et c’est dommage. Win Butler et ses copains ont nettement pris une direction plus rock. En tous les cas, des morceaux comme Rococo, Deep Blue ou encore Empty Room me pousse à me dire que ce groupe reste un groupe à part, qui a encore d’innombrables trésors à nous offrir.
07. Jonsi, Go (Labels : XL Recordings, Parlophone)
En version électronique ou acoustique, ce projet venu des terres froides de l’Islande et entraîné par Jón Þór Birgisson (membre éminent de Sigur Rós) a de quoi intéresser. Après avoir sorti l’an dernier un album avec son compagnon Alex Somers, Jónsi s’est engagé dans cette aventure solo. Des titres comme Tornado, Boy lilikoi ou bien Sinking Friendships témoignent du fait qu’il a clairement opté pour une voie plus pop, ce qui pourrait faire pâlir certains puristes de Sigur Rós. Il délaisse également la langue islandaise au profit de l’anglais. Mais la finesse des mélodies et la beauté aérienne et évanescente de sa voix captivent indubitablement les oreilles. Entreprise fortement réussie.
06. Wavves, King Of A Beach (Label : Fat Possum Records)
Attention à vos oreilles, ces californiens de San Diego ont de l’énergie à revendre. Son lo-fi, distorsions et larsens sont à l’honneur sur cet album rempli de tubes pop incisifs et décapants (Super Soaker, Idiot, Green Eyes). Ces jeunes gars ont connu quelques déboires lors de la tournée de l’abum Wavves (Le batteur Ryan Ulsh a d’ailleurs quitté le groupe suite à un concert houleux…) mais ils semblent garder une cool attitude qui fait plaisir à entendre. Le rock crasseux de Nathan Williams et de ses amis lorgne également du côté de la surf pop des années 60 comme peut en témoigner Baby Say Goodbye.
05. Women, Public Strain (Labels : Flemish Eye / Jagjaguwar)
Lorsque l’on découvre pour la première fois cet album, on ne peut s’empêcher de penser à Deerhunter, qui a sorti tout récemment son nouvel album. Sonorités expérimentales, saturées et pleines de réverb, c’est une recette que l’on retrouve dans pas mal de groupes rock indé du moment et qui ne réussit pas à tout le monde. Le résultat atteint par le LP de Deerhunter et celui de Women n’est, à mes yeux, pas du même niveau. Clairement. Mais les canadiens, de Calgary plus précisément, nous servent un cocktail noise et pop des plus tortueux qui reste très convaincant. A l’écoute de China Steps, Drag Open, Eyesore, on sent bien le potentiel de ces gars là. Je n’avais pas entendu parler de leur premier album éponyme en 2008, ce groupe est donc une bonne surprise pour moi.
04. Owen Pallett, Heartland (Label : Domino Records)
Etrange et beau à la fois est l’univers dans lequel nous transporte Owen Pallett (travaillant anciennement sous le nom de Final Fantasy). Armé de son violon et sa douce voix, il nous présente de lointaines contrées lyriques et froides. Elans expérimentaux, alignements de samples et passages de musique classique à la sauce Pallett sont de mise. Le jeune musicien est audacieux et ça paye. Des morceaux comme Keep The Dog Quiet, The Great Elsewhere ou Lewis Takes Off His Shirt sont, à mes yeux, de véritables exploits.
03. Ariel Pink’s Haunted Graffiti, Before Today (Label : 4AD Records)
Cet icône du son lo-fi californien (oui encore! ils sont partout, je vous dis…) semble, au travers de cet album, avoir pris un tournant dans son énergie créatrice. Moins lo-fi, plus hi-fi semble être la nouvelle option choisie. L’enregistrement et le mixage sont nettement plus propres et se réalisent désormais chez les non des moindres 4AD. Fini les vieux enregistrements sur K7 audio produisant un effet parfois à la limite de l’audible. Ariel Pink a quelque peu (pas totalement) délaissé les expérimentations bruitistes pour davantage se diriger vers une pop légère, qui donne l’impression d’avoir été composée sous l’effet de certaines drogues… Incroyablement mélodiques, les morceaux sont variés et jouissifs. Entêtants et à la limite du tube pour certains (Bright Lit Blue Skies, Round And Round), d’autres sont totalement barrés (Beverly Kills, Menopause Man).
02. Holy Fuck, Latin (Labels : Young Turks / XL Recordings)
Déjà nommé pour le prix de musique Polaris avec leur précédente production intitulée LP, le quatruor originaire de l’Ontario l’est à nouveau avec ce tout jeune Latin. Rien d’étonnant me diriez-vous. Celui-ci est tout simplement une mine de superbes morceaux instrumentaux au carrefour de l’électronica et du post-rock. Après une introduction qui va en s’intensifiant sur 1MD, la puissance ne s’atténue pas jusqu’à la toute dernière minute de P.I.G.S. Des énergies en progression et évolution constante, des bruits lourds et bruts qui vous irritent presque les oreilles et quelques lignes rythmiques héritières du Krautrock, voilà comment je ressens cet album. Les chanceux qui étaient à la Flèche d’Or il y a quelques semaines, ont dû assister à une prodigieuse performance mêlant technicité et impro.
01. Deerhunter, Halcyon Digest (Label : 4AD Records)
Plus de doutes possibles, avec ce nouvel opus mixé par un certain Ben Allen (également collaborateur sur le Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective), Bradford Cox et ses amis s’installent pour de bon dans la catégorie des meilleurs groupes indé de ces dernières années. L’association entre Bradford Cox et Lockett Pundt, deux esprits créatifs et prolifiques, ne donnent jusqu’à présent naissance qu’à de très bons albums. Cryptogram et Microcastle l’avaient déjà prouvé. Halcyon Digest le confirme avec brio. Avec Moses Archuleta à la batterie et au clavier et le bassiste Joshua Fauver, ils ont construit un univers complexe mais pénétrant, froid mais attachant teinté de psychédélisme, d’expérimental et de mélodie pop. Voici donc mon number one sans hésitation aucune.
Voilà, je m’arrête ici. J’aurais aimé vous parler de The Walkmen, Interpol ou encore The National dans ce classement. Malheureusement, ce sont à mon grand regret trois de mes déceptions de cette année 2010. D’accord ou pas, j’espère au moins que cette sélection vous fera réagir (N’hésitez donc pas à me donner votre avis !) et que mes premiers pas encore un peu chancelants dans l’actualité musicale se lisent bien. A très vite pour de nouvelles découvertes musicales!